Bonjour Bien-Etre !

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Extraits de « Contes Espiègles » - Léonissime saisi par la grâce

Posté le 01/03/2015 – Catégorie : Librairie bien-être 

 

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Comme vous le savez si vous nous suivez régulièrement ;-) nous sommes assez FAN de contes.

En effet, ces derniers parlent d'eux-mêmes et reposent souvent sur des histoires imagées et attachantes...

 

Vous trouverez ci-après un conte écrit par Colette Servières :

Léonissime saisi par la grâce

 

C'était un lion, un vrai, avec le poil fauve et la crinière flamboyante. De sa parure qu’il arborait comme la fraise d’un grand d’Espagne, il était fier. Souvent, inspectant son clan à pas lents, il la faisait bouffer en permettant à ses vassaux de l’effleurer pour lui prouver leur soumission. L’oeil hautain, fort en gueule, rien ne lui échappait. S’il en prenait un à sourire, d’un revers de queue, il l’envoyait à l’autre bout de la savane, là où commence le désert.

Rien ne devait lui résister. Il était Lion, Lion il serait de toute éternité.  On lui avait assez répété dès le berceau : 

 

- “ Tu es le plus beau lionceau du monde, tu seras  Roi des  animaux”. 

 

Tout petit, il s’était senti investi d’une puissance que rien ne pouvait ébranler.  Et il en profitait car on cédait à tous ses caprices. Rayonnant sur la terre, Roi Soleil Animal, les anciens même le craignaient car il avait droit de vie et de mort sur tout ce qui vivait.  Et mieux valait, quand on tenait à sa peau, le consulter pour la moindre des choses. Ne serait-ce que pour accomplir les besoins les plus essentiels. Chasser, dormir, boire ou rêver. C’est lui qui donnait l’ordre et qui rythmait le quotidien de tous.

 

Léonissime était d’un caractère très coléreux. Combien de fois avait-il entendu son père et sa mère discuter sauvagement, tous crocs dehors. Ce qu’il en avait retenu était qu’en élevant la voix, on obtenait le dernier mot et l’ordre revenait comme bon vous semblait.  Il avait donc appris à rugir de toutes ses forces pour la plus grande fierté de son Père qui l’emmena chasser entre hommes dès qu’il fut en âge.

 

Souvent, au crépuscule, on voyait leurs deux silhouettes se dresser à tour de rôle sur les pattes arrière pour pousser, en se frappant les poumons, le plus énorme rugissement qui soit. C’est dire que cela durait longtemps car l’un étant fils de l’autre, aucun ne voulait perdre la face.  Ces soirs là, on entendait leur concert de Zanzibar jusques à Luanda et l’on se disait : 

 

- “Tiens, les Lions sont lâchés, ne sortons pas mes frères,  la savane nous fait sa colère !”

 

Dans le troupeau, on se taisait, craintifs, vaquant à ses multiples devoirs : épousseter le trône, aplanir les branchages, se lisser le pelage, se laver le museau pour le retour des valeureux guerriers. 

 

 

Léonissime, fils de Léonidas - car dans la lignée il n’y avait jamais de numéro, on s’estimait unique ! - avait pris de très mauvaises habitudes. Le soir, il se mettait sur le dos, et exigeait de ses cousines qu’elles lui ôtassent à la patte tous les picots qui s’étaient incrustés dans le poil à courir la savane. Gare à celle qui en oubliait, elle était de corvée pour lui nettoyer les babines, puis incisives et canines coupantes comme des poignards. Parfois, de fort méchante humeur, il houspillait d’un coup de griffe la pauvrette si elle n’allait pas assez vite. 

 

- C’est qu’il a dû, faute de zèbre,  manger du lion” se disait-on. La chasse avait dû être âpre. Mieux valait filer doux !

 

Léonissime savait tout, voulait tout, avait tout, sauf une douce lionne à lui. D’ailleurs, dans la famille, on était polygame. Il se servait dans le troupeau, comme il voulait, sans pour autant être satisfait. Il trouvait les lionnes  sottes, grosses et toujours trop à ses pattes. Il n’avait pas encore choisi sa fiancée. Il attendait la lionne rare, celle qui saurait l’ensorceler. 

 

Sa faim de carnassier lui avait fait goûter toutes les chairs : réglisse menthe du zèbre, brun foncé du gnou, un rien trop dure,  souple et juteuse de l’antilope. Pour chasser l’éléphant ou le rhinocéros, il vous fallait de bonnes dents et une énergie sans faille car face à un bulldozer, on n’est jamais qu’un lion. Mieux valait ne pas s’y frotter. Quant à la girafe, dont il raffolait, le premier contact était dur à la dent, car il n’arrivait qu’à la hauteur de ses rotules. De plus, elle courait très vite et souvent  l’épuisait à la course. Non, vraiment, rien ne valait en saveur, en douceur, en parfum, la gazelle, tendre sauteuse effarouchée et la chasser ne vous fatiguait pas le jarret !.

 

°°°

 

Un jour, à l’heure de la sieste, paressant sous un baobab, il fut réveillé par un piaillement d’oiseaux, caquetant, stridulant,  tournoyant dans un mouvement incessant, larguant au passage sur le bout du museau, les reliefs du festin. Hérons, ibis, et cormorans se racontaient leurs pêches. L’étang ne devait pas être loin. Il s’apprêta à grogner pour faire fuir la volaille, lorsque son oeil aperçut dans le lointain une forme irréelle.  Il se tut, se dressa,  pointa ses oreilles, banda ses muscles, patte à l’arrêt,  prêt à l’assaut.  Zoomant ses yeux tout droit devant, il fit le point, le cœur battant. Ce qu’il y vit le bouleversa ... 

 

C’était une gazelle, bonté divine, si élancée qu’il croyait bien rêver.  Les pattes légèrement penchées dans un arc parfait, elle s’abreuvait, nonchalante et pensive. Ses cornes fines dans le sillage du museau pointaient le ciel comme si elle en arrivait, telle une fée.  Les oreilles dressées prouvaient qu’elle restait aux aguets, malgré la pose.  Sa robe était d’un brun tendre et le blanc nacré de son ventre le faisait déjà frissonner. S’aplatissant  à terre, Léonissime, patte à patte s’approcha. Déjà, il se léchait les babines, vieux réflexe de chat qui sent la bonne soupe, même si la faim ne le tenaillait pas. 

 

La gazelle ne bougeait pas, elle buvait. Ses oreilles seules s’étaient pointées en direction du danger, mais elle continuait, mâchonnait quelques herbes, prenait quelques goulées d’eau fraîche, les yeux faussement baissés dans toute la pudeur de son intimité. En vérité, elle observait les hautes herbes qui soudain se pliaient comme pour saluer l’arrivée de quelqu’un d’important. 

 

“Ca sent le fauve” se dit-elle d’un air amusé mais elle prit soin de ne rien montrer.

 

Léonissime enhardi par l’imprudence de la belle qui faisait maintenant  sa toilette pensa avec cette vulgarité un peu peuple dont il raffolait :

 

C’est du gâteau, Léo. Je vais te l’embrocher en trois coups d’incisives” et il s’approcha de plus en plus près croyant qu’elle ne se doutait de rien. 

 

Soudain, dans le silence de la savane qui retenait son souffle, il entendit une voix mélodieuse le prier :

 

- “Plus près, Léo, ... plus près.  Approche, je t’attendais”.

 

Léonissime, surpris, se redressa, se retourna de tous côtés pour voir quel était l’imprudent, l’appelant même par son petit nom,  qui lui gâchait son plaisir à l’instant le plus fort :

 

- “Léo, allons, ne fais pas le sot. Approche te dis-je. Mon nom est  Majorelle. Je suis là devant toi. Cela fait un moment que tu me guettes. Tu voulais me croquer ? Me voici de plain-pied. Alors, ose ! Va jusqu’au bout de tes idées. Montre-moi de quel croc tu es fait !”

- ……..

Léo, abasourdi, en resta bouche bée, telle l’autruche qui vient de pondre un oeuf. Majorelle esquissa un sourire :

 

- “Si tu crois que je n’ai rien vu de ton manège ! “ continua-t-elle.  “Vous autres lions  manquez vraiment d’imagination.  Vous nous sautez dessus comme un soldat sur une mine. Si vous voulez chasser avec talent, ajoutez-y un grain de fantaisie. Sautez d’une liane, déguisez vous en baobab, tressez vous la crinière.  Du panache que diable !.  Qui plus est vous êtes assez lâches pour nous chasser aussi la nuit. Ce sport est un art et vous le pratiquez avec tant de lourdeur que j’en suis lasse”  soupira la gazelle

 

Léo se ressaisit, montrant les crocs. Il n’allait pas se laisser embobiner par cette péronnelle, supposée être sa victime.  Vous en connaissez vous des proies qui se permettaient de refaire la loi ? Et il commença à grogner

 

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« Tais-toi ..” ordonna Majorelle.  Mais elle le dit avec tant de douceur que Léo d’un petit bruit sec ferma le museau  “Tu ne parleras que quand j’aurai terminé” .  “Léo” poursuivit-elle “cela fait bien longtemps que je t’observe.  C’est vrai tu es plus fort que moi mais tu ne me fais pas peur.  Et je vais te dire pourquoi”

 

Léonissime frissonna de l’échine.  Comment  pouvait-on mettre en doute sa toute majesté ? Mais avant qu’il ne puisse lui prouver sa supériorité, elle continua :

 

- “En me tuant, ce que tu peux faire dans l’instant, tu n’auras qu’un plaisir éphémère : vaincre et manger. Tu seras satisfait, repu, puis tu t’endormiras et le jour d’après il te faudra recommencer.  C’est bête non ? cela manque vraiment d’audace ! . En me laissant la vie  (et entre nous, je le sais, tu n’as pas vraiment faim, ce n’est pas l’heure), je peux t’apprendre d’autres choses pour t’adoucir le caractère. On pourrait y passer des heures ».  

Léo, perplexe la laissa poursuivre tant sa voix était mélodieuse :

 

- « Etre le Roi des animaux n’a aucun  sens pour moi.  On trouve toujours plus grand que soi mais plus petit aussi.  Tu ne connais rien de la vie. Ta couronne ne vaut rien si tu n’aimes pas ceux que tu nommes tes sujets, si tu les traites comme des valets.  Chacun  a un rôle. Sans eux, je te le dis, comme sans moi, sans tout ce qui nous entoure, tu n’es rien... Tais toi et apprends !”

 

Léo se fit tout doux, rentra ses griffes, gueule bée. La gazelle l'hypnotisait, ce n’est point tant sa toute beauté qui l’intriguait mais ce qu’elle osait dire. Voici enfin quelqu’un qui lui parlait de façon intelligente.

 

Une fois la confiance établie, la conversation se poursuivit tard dans la nuit.  Entre confidence et drôlerie, ce fut un long échange comme jamais il n’avait eu. Il comprit tant de choses, la vie prenait pour lui une toute autre saveur. A l’abri des longs cils soyeux, les yeux de Majorelle brillaient  car  sous la “belle gueule” fauve de Léo se dévoilait un cœur immense.

 

 

Il resta ainsi si longtemps avec elle qu’il en oublia de rentrer. Dans le clan, on prit peur. Léonissime, il est vrai, aimait l’aventure  mais il n’avait jusqu’à présent jamais déserté. Il tenait trop à son confort. On imagina  toutes les représailles qu’il inventerait pour se venger de n’avoir rien chassé. La queue basse et l’angoisse au ventre, on se préparait au pire. Déjà, les plus jeunes lionnes se faisaient à l’idée qu’il faudrait lui donner un fils sur le champ.

Et s'il avait eu maille à partir avec un Léopard ? Et s’il s’était battu avec le chef d’un autre territoire ?. Et si un Massaï l’avait embroché  (fort peu crédible tant ils se respectaient) ? Toute la nuit, il y eut des conciliabules. Son Père Léonidas, trop vieux pour battre la campagne,  avait appelé son  cadet  pour  occuper le trône. Léonette, sa mère,  pleurait en chantant « Savane blues ».  Les cousines, elles, exemptées de corvée, s’étaient empressées de l’oublier et regardaient le frère d’un autre air.

 

Alors que l’aube se levait, on vit soudain se profiler dans le lointain un couple tendrement enlacé. C’était Léo qui revenait en marchant d’un pas lent mais léger. Il souriait, oreilles baissées, crinière entortillée, frétillant de la croupe comme un jeune lionceau. 

A ses côtés, il y avait .... “Mazette” ... une gazelle qui ne manquait pas de toupet ! Le troupeau de cousines grogna de jalousie. 

 

Léonidas faillit s’étrangler :

 

“Mon fils ...”  rugit-il tout congestionné.  Et le silence se fit.

 

- “Mon Père ...” répondit Léo simplement  “Voici ma Reine. De grâce épargnez-moi toutes vos remontrances. J’ai appris en un jour avec elle bien plus qu’en cinq ans dans le clan : sourire avant de parler, écouter  avant de grogner, comprendre avant de tout décider, déguster avant de me goinfrer et mon bonheur est bien plus grand. »

 

Depuis, sous le baobab où ils se sont rencontrés, Léo et Majorelle vivent heureux.  C’est leur nature.  Dans le pays,  on vient chez eux chercher la paix.  Il en est même qui leur écrivent et font porter leur courrier par cigogne interposée.

 

 

Que l’on soit lion, gazelle, gnou,  éléphant, girafe, babouin ou zèbre, on  a tous un jour dans sa vie un problème, grand ou petit, un grain de sable qui vous empêche d’avancer.  Chez Léo et Majorelle on peut ouvrir son cœur les yeux fermés, car ils savent vous écouter sans vous juger.

Allez les voir, vous en repartirez d’un pas léger.  Là bas, sous le baobab.

 

 

Colette Servières 

Extraits de « Contes Espiègles » 

http://coletteservieres.over-blog.com

 

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Prenez soin de vous,

L’équipe Bonjour Bien-être

 

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01/03/2015
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